Politique

Ebola: les experts préconisent la réouverture des frontières

Fermer les frontières pour éviter la propagation, ou les rouvrir pour permettre une réponse coordonnée à l’épidémie et permettre le passage des humanitaires ? C’est le dilemme qui se pose pour les experts et ministres de la Santé des pays de la Cédéao, réunis à Accra au Ghana ce jeudi pour parler de l’épidémie de fièvre Ebola. Ils privilégient pour l’heure la seconde solution, une réouverture des frontières, mais avec un meilleur contrôle des points de passage.

L’épidémie a fait 1552 morts, selon de dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé.
Tous les discours des experts en santé comme des politiques ont été unanimes, ce jeudi à Accra, au Ghana, où sont réunis les ministres de la Santé des pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) : les frontières doivent être ouvertes, mais avec un meilleur contrôle sanitaire des points de passage. Tous considèrent les fermetures de frontières décidées par le Sénégal, la Côte d’Ivoire et la Guinée-Bissau comme inutiles, et plutôt dommageables. Ils craignent une crise sociale et humanitaire : les ONG ne peuvent plus accéder aux pays contaminés, et leur matériel n’arrive plus. Les ministres de la Santé libérien et sierra-léonais n’ont d’ailleurs pas pu venir à Accra faute de vols commerciaux disponibles.
« Ne pas ostraciser » les pays contaminés
Le président ghanéen en exercice de la Cédéao l’a répété : il faut des réponses coordonnées pour faire face à l’épidémie. « Ebola a stigmatisé nos pays. Nous n’avons pas d’autre choix que de combiner nos efforts et nos ressources pour le combattre », a-t-il déclaré. John Dramani Mahama dénonce l’isolement dans lequel les pays contaminés ont été mis par leurs voisins, estimant qu’il faut mettre en place des mesures de confinement qui « n’ostracisent pas » les pays contaminés. Mais il relève également les conséquences de ces mesures sur les pays non contaminés : « Des nations qui dépendent en grande partie du tourisme ont enregistré des annulations de visites alors même qu’il n’y a pas de cas déclaré sur leur sol », a indiqué le président de la Cédéao.
Conséquence des fermetures de frontières : certains endroits sont devenus inaccessibles aux agences de santé – une situation qui pourrait évoluer puisque les ministres réunis à Accra ont convenu de la mise en place de corridors humanitaires. Les experts ont également conseillé un suivi strict des malades et de leur entourage, ce qui apaisera les pays frontaliers non encore touchés par le virus.
200 millions de dollars promis par la Banque africaine de développement
La Cédéao a besoin d’argent pour endiguer l’épidémie. Beaucoup de centres de santé au Liberia et en Sierra Leone ne peuvent plus accueillir de malades. Il faut recruter en urgence des personnels de santé et mettre en place des mesures de quarantaine dans certaines zones. Un fonds de solidarité avait été créé en juillet, mais seuls deux pays sur les quinze membres de la Cédéao y ont pour l’instant participé. La Banque africaine de développement a promis plus de 200 millions de dollars, que les agents sur le terrain attendent avec impatience.
À Accra, des représentants de plusieurs pays ont admis avoir pris conscience trop tard du danger. Un geste symbolique décidé à Accra pourrait être enfin une preuve de leur volonté d’agir : l’envoi d’équipes médicales de la sous-région en renfort dans les zones infectées.
Un bilan qui ne cesse de s’alourdir
Le Liberia est le plus touché avec presque 700 morts. La Guinée, où l’épidémie a démarré, en compte 430. La Sierra Leone, plus de 420. Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, ne comptait quant à lui que cinq morts jusqu’à présent, tous à Lagos, la capitale. Et la maladie semblait contenue. Mais une sixième personne est morte à Port-Harcourt, une ville à 400 km de là. Il s’agit d’un médecin qui a été contaminé par un patient lors d’une consultation. Ce nouveau cas laisse craindre une extension de l’épidémie.
Dans ces pays, la progression du virus s’accélère. Plus de 40 % du nombre de cas détectés depuis le début de l’épidémie en janvier dernier l’ont été ces trois dernières semaines. Ebola frappe des régions où la population est mobile, et même des grandes villes, ce qui favorise la transmission. Et les systèmes de santé n’étaient pas adaptés et préparés à une épidémie de cette ampleur.
Dans une projection, l’Organisation mondiale de la santé s’attend à devoir traiter plus de 20 000 cas, en tout, avant d’arriver à bout de la maladie. Mais toujours selon l’OMS, la progression du virus ne pourrait être stoppée que d’ici six à neuf mois.
RFI

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