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Affaire Penelope Fillon : l’ex-Premier ministre renoncera en cas de mise en examen

Invité sur TF1, le candidat de droite a dénoncé des attaques abjectes et s’est déclaré prêt à renoncer à sa campagne en cas de mise en examen.

Souriant dans un premier temps, puis sérieux et serein. L’ancien Premier ministre François Fillon a démenti fermement les accusations qui portent sur lui et sa femme. Il a également affirmé qu’en cas de mise en examen, il renoncerait à la présidentielle. « Une seule chose pourrait m’empêcher d’être candidat, c’est si mon honneur était atteint, si j’étais mis en examen », a-t-il annoncé confiant au micro de TF1, affirmant que ces accusations ont été portées « à l’évidence, pour essayer de (l)’abattre».

Il a ensuite tenu à défendre le rôle joué par son épouse dans sa vie d’homme politique. « Ma femme travaille pour moi depuis toujours, elle a corrigé mes discours, elle m’a représenté dans les manifestations, elle me faisait la synthèse de la presse », a justifié François Fillon sur TF1. « Son travail est réel, et je m’en expliquerai devant la justice », a déclaré le candidat Les Républicains à la présidentielle, avant d’avancer qu’il allait porter plainte contre les journaux ayant lancé ces accusations.

Pendant l’interview, d’une durée d’environ 15 minutes, François Fillon a vertement condamné les révélations du Canard enchaîné. « Je ne trouve pas de mots devant le caractère abject de ces affirmations », a démenti l’homme politique. « J’ai le cuir épais. J’ai affronté toutes les calomnies. Pas celles qui consistent à attaquer ma femme pour m’atteindre », regrette-t-il. Selon François Fillon, c’est lors du départ de l’un de ses collaborateurs en 1997 que Penelope Fillon a commencé à travailler auprès de lui.
Révélations troublantes

Sur les accusations d’abus de bien social (un emploi rémunéré à la Revue des deux mondes entre mai 2012 et décembre 2013, lorsque Michel Crépu dirigeait la revue), l’ancien Premier ministre a renvoyé la responsabilité à Marc de Lacharrière, président de cette revue, mais affirme que son épouse a réalisé des travaux que Marc de Lacharrière montrera à la justice. Il a également promis de son côté qu’il « fournira tous les documents nécessaires à la justice » pour clarifier la situation.

À quelques minutes de l’intervention de François Fillon dans le JT de TF1, un nouveau témoignage venait jeter le trouble sur la légalité de la rémunération de l’épouse du candidat. Au micro de RTL, l’ex-directeur de la Revue des deux mondes Michel Crépu a déclaré, jeudi, n’avoir jamais eu connaissance d’une mission de « réflexion stratégique » confiée à Penelope Fillon en 2012-2013, hypothèse, selon lui, « totalement extravagante » et « pas plausible ». À la suite des révélations du Canard enchaîné, le parquet financier a ouvert une enquête sur la réalité de plusieurs emplois de Penelope Fillon, dont un emploi rémunéré à la Revue des deux mondes entre mai 2012 et décembre 2013, lorsque Michel Crépu dirigeait la revue.

Le propriétaire de la revue, Marc Ladreit de Lacharrière, ami de François Fillon, a affirmé dans Le Monde daté de vendredi qu’il avait confié à l’épouse de François Fillon une « réflexion stratégique informelle ». « Ce qui me semble totalement extravagant est la possibilité qu’il y ait eu une sorte de cabinet fantôme » à la Revue, a répondu Michel Crépu sur RTL. « Je n’arrive pas à le concevoir dans sa réalité propre », a-t-il ajouté. Il a précisé qu’il serait auditionné vendredi sur cette affaire par les enquêteurs du parquet financier. « Cette réflexion stratégique a peut-être eu lieu, je n’ai aucune preuve qu’elle n’ait pas eu lieu. Mais la logique aurait voulu que je sois prévenu. Car la Revue des deux mondes, c’est deux personnes et demie », a poursuivi son ancien directeur.

Interrogé sur la plausibilité d’une telle mission confiée à l’épouse de François Fillon, il a répondu catégoriquement : « Non, la réponse est non. » Marc Ladreit de Lacharrière m’avait téléphoné […] et m’a demandé si je voulais bien prendre des notes de Penelope Fillon, qui avait un peu de temps et s’ennuyait un peu. J’ai dit à Marc : Oui, pourquoi pas. J’ai reçu deux notes, signées d’un pseudo. Je ne peux même pas dire qu’elle est l’auteur de ces notes », a-t-il poursuivi. Le salaire de Penelope Fillon à la Revue des deux mondes a été, selon Le Canard, de 5 000 euros par mois. Michel Crépu précise qu’il était rémunéré pour son poste de directeur 6 500 euros par mois. Depuis 2014, Michel Crépu est parti diriger la Nouvelle Revue française (NRF) chez Gallimard, et assure être parti en « très bons termes » avec Marc Ladreit de Lacharrière.
Une journaliste menacée

Par ailleurs, l’ex-membre du CSA Christine Kelly, auteur de la première biographie de François Fillon en 2007, pour laquelle elle avait interviewé son épouse, sera auditionnée vendredi après-midi par la police judiciaire dans le cadre de l’enquête sur les soupçons d’emplois fictifs visant Penelope Fillon, a-t-elle précisé. Christine Kelly a dévoilé cette audition jeudi en tweetant : « Tout [a] commencé par une enquête journalistique… et se termine en étant auditionnée demain par la police judiciaire dans l’affaire Penelope. » L’ancienne journaliste de LCI est devenue l’un des témoins dans cette affaire, déclenchée par Le Canard enchaîné mercredi qui a révélé que Penelope Fillon a été rémunérée comme collaboratrice parlementaire de François Fillon quand il était député de la Sarthe, puis de son successeur.

Un emploi dont personne n’avait connaissance jusqu’à présent, y compris dans le milieu des collaborateurs Les Républicains. Christine Kelly a déclaré au Canard enchaîné qu’elle n’avait « jamais entendu dire que Penelope Fillon travaillait ». À la suite de ces déclarations, elle a affirmé, dans un tweet, qu’elle avait subi des « menaces » et des « pressions » par téléphone d’une « équipe politique » qu’elle n’a pas nommée. « Je n’aime pas ça du tout, et le deuxième avertissement sera public », avait-elle précisé. Elle a confirmé jeudi ses déclarations au Canard. « Quand j’ai rencontré sa femme à l’automne 2007, elle ne travaillait pas. Elle était à la maison », a précisé Christine Kelly, rappelant qu’elle avait « fait une enquête sur François Fillon, et pas sur sa femme ».

Ayant pris pour l’occasion un congé de LCI, Christine Kelly a passé six mois en 2007 à enquêter sur François Fillon, qui venait d’être nommé Premier ministre. La journaliste avait alors effectué plusieurs séjours dans son village de la Sarthe pour interroger son entourage, a-t-elle raconté. « Cela a été une enquête très difficile. Puis, François Fillon a finalement accepté de me recevoir et m’a alors permis de rencontrer son épouse, ses parents… » se souvient-elle. Elle a aussi souligné que « le tweet de mercredi sur les menaces et pressions a été ultra-efficace. Ça s’est calmé pour l’instant. Je n’ai plus eu d’appel », a-t-elle conclu.
Remise de documents au parquet

Du côté de François Fillon, l’heure est à la contre-offensive : comme annoncé dans la matinée par l’un de ses proches, Bruno Retailleau, patron des sénateurs LR, l’avocat de François Fillon, Me Antonin Lévy, a remis des documents jeudi en début d’après-midi au pôle financier à Paris. Ils sont censés attester la réalité du travail fourni par Penelope Fillon. « J’ai eu une rencontre avec les magistrats du parquet national financier et j’en ai profité pour leur remettre des documents », a confirmé à l’Agence France-Presse Me Antonin Lévy, quelques minutes après sa sortie. « Nous sommes convenus de nous reparler aussi souvent que cela sera nécessaire », a ajouté l’avocat, précisant qu’il se refusait à tout autre commentaire. Après l’annonce de l’ouverture d’une enquête préliminaire mercredi, l’ancien Premier ministre avait déjà promis qu’il ferait tout pour « faire taire les calomnies ». À trois mois de la présidentielle, cette affaire est embarrassante pour le candidat, qui peinait déjà, depuis sa large victoire fin novembre à la primaire de la droite, à trouver le ton de sa campagne.

De son propre aveu, encore à l’automne dernier pendant la campagne de la primaire de la droite, Penelope Fillon revendiquait sa discrétion et le fait d’être en retrait des activités de son mari. Personne ne l’a jamais vue à l’Assemblée, hormis l’ex-président Bernard Accoyer, devenu secrétaire général de LR. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, juge que François Fillon est « un homme intègre et droit », mais, comme beaucoup, elle « ne sa[vait] pas » que Penelope travaillait pour le compte de son mari, dont elle a pourtant fait partie du proche entourage depuis 2012. « La question est de savoir si c’est un emploi fictif ou pas. À lui de donner des explications. […] Si elle ne travaillait pas et était payée, c’est un problème, sinon c’est un épiphénomène », résume un député. D’autant que François Fillon a fait de sa probité, face à Nicolas Sarkozy notamment, mais aussi à Alain Juppé qui a été condamné par le passé dans une affaire d’emploi fictif, un axe de campagne. Sa phrase « Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ? » lui revient désormais comme un boomerang.

Son entourage insiste : « Ça fait plus de 30 ans qu’il est dans la vie politique, sans aucune affaire, et comme, par hasard, à trois mois des présidentielles, quelques jours avant son discours fondateur, dimanche prochain, à La Villette, cette affaire lui tombe dessus », a accusé Bruno Retailleau. L’enquête préliminaire porte aussi sur la réalité d’un emploi rémunéré pendant un an et demi à la Revue des deux mondes pour 5 000 euros brut par mois. À gauche, à trois jours du second tour de la primaire initiée par le PS, Manuel Valls a réclamé « des explications particulièrement claires et rapides » du candidat de la droite. Il est tombé d’accord avec Benoît Hamon lors de leur duel télévisé pour interdire l’embauche de proches par des parlementaires.

Le Point.fr

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