Actualités

Chérif DIALLO, voici deux ans, le reporteur au silence (Par Jacques Lewa Léno)

Le 23 juillet 2017, Chérif DIALLO journaliste reporteur d’images d’Espace TV complètera ses 24 mois d’absence à la rédaction. La justice n’a encore permis de le retrouver, sa mort n’est pas non plus confirmée. Portrait d’un journaliste autrement muselé.

Jeudi 23 juillet 2015, il est 17 heures lorsque Chérif DIALLO, 28 ans, rentre de la maison de la presse de Coleah dans la commune de Matam. Le cameraman qui l’a accompagné à une conférence des organisations de la société civile l’avait bien filmé. On le voit assis au milieu de ses confrères avec une chemise de couleur blanche aux manches longues.

Un jean aux pattes serrées comme il aimait ce genre de pantalons. Ses lunettes pharmaceutiques bien fixées, envoyant sous un front lumineux un beau sourire. Rien ne pouvait prédire à cette heure là, ce qui pouvait bien lui arriver.

Dans la salle de montage qui jouxte celle des caméras, il est seul presque. Tous les employés sont à Hamdallaye, où Michel TOLNO, premier cameraman de la télévision venait de décéder des suites d’un accident de la circulation. Il entend alors Miriam SANDOUNO, rédactrice en chef et présentatrice du jour pleurer : « Michel, pourquoi maintenant ?» répétait-elle sans cesse.

L’homme a su tenir ses larmes devant une jeune dame qui devrait dépasser ses émotions pour servir les téléspectateurs «  Mimi, il faut prier pour lui, arrêtes de pleurer » dit-il, témoigne Madame SANDOUNO quelques jours après sa disparition.

Très rapidement il s’est remis à la tâche pour terminer son compte rendu qui était programmé pour l’édition. A 19 heures, il fait nuit à Conakry, Chérif se met sur sa moto Honda, de couleur rouge comme son casque, quitte alors Matoto Kondéboungny, siège d’Espace TV.

Ses proches disent l’avoir vu rentrer chez lui avant de ressortir. Il avait probablement reçu un appel. Souffrant d’une myopie depuis des ans, il n’a pu oublier ses lorgnettes qu’il n’enlevait jamais.

Journaliste Reporteur d’images, DIALLO avait la passion pour les sujets de reportage de la Guinée profonde. Au moins une fois chaque mois, il se déplaçait pour la Basse, Moyenne, Haute Guinée ou la Guinée forestière.

Son dernier voyage début juillet 2015, a été des plus risqués. Avec ses co-voyageurs, il est tombé sur des coupeurs de route en passe d’assassiner un conducteur de moto-taxi.

La victime a été gravement blessée et le lendemain, il en a parlé dans « les grandes gueules », la grande émission de la radio Espace Guinée.

Avec sa voix rock, imposante il permit de comprendre un phénomène qui terrorise les populations de la préfecture de Coyah, à 50 kilomètres de la capitale.

Journaliste déjà depuis le secondaire

Dans son Labé natal, DIALLO s’était déjà bien illustré. « Nous étions ensemble dans la presse scolaire, mais lui plus que nous, commentait souvent les matchs au stade régional de Labé », nous expliquait un jour Thierno Ousmane Diallo un confrère de la Télévision nationale RTG Koloma, son camarade de promotion. Lorsqu’il obtient son baccalauréat unique en 2007, il s’inscrit à la faculté de journalisme de l’université Réné Levesque, l’école de sa tante maternelle. Chérif devient d’ailleurs en 2013 enseignant et encadreur dans cet établissement.  Toujours collé à son ordinateur, il surfe sans cesse sur internet pour trouver ce qu’il y a de plus important pour lui et pour ses étudiants. « Lewa, il faut continuer à se former, l’internet nous facilite les choses », me dit-il un jour lorsque je lui fis remarquer qu’il était très concentré sur sa machine.

Le silence oui ! Il l’aimait pour mieux travailler. Mais la solitude l’ennuyait. Tous les matins après la conférence de rédaction, il est avec nous au restaurant « Kiniéro » où nous prenions le petit déjeuner.

Friand du sandwich, il le prenait avec du café au lait non sucré. Toujours auprès de sa tasse, le citron qu’il suçait, sans doute que ce goût amer lui faisait du bien.  Le pain dans sa main droite. Son Smartphone à gauche pour photographier tous ceux qui prenaient du spaghetti ou du riz à ses côtés.

Du début à la fin les confrères se préoccupent plus de leur visage que du mangé. Après il lance son expression fétiche « on est ensemble, je vais à la chasse », pour parler de la recherche des informations.

Jacques Lewa LENO

Commentaires

commentaires

Ajouter un commentaire

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

To Top