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Résultats du Bac 2017 : Echec des élèves ou d’un système éducatif qui oppose public et privé ? (Par Abdoulaye Wotem Somparé)

Cet article veut souligner les effets pervers de deux décisions importantes prises par l’Etat, notamment la réduction drastique du nombre de bacheliers, liée à la suppression des notes de cours, et la volonté d’orienter tous les bacheliers vers les Universités publiques.

Les résultats du bac de cette année avec un taux de réussite trop bas (27,15%), sont étonnement perçus et interprétés par les gouvernants et beaucoup de citoyens guinéens comme une performance, voire un exploit du ministère de l’enseignement préuniversitaire.

Or, de tels mauvais résultats constituent plutôt un échec d’un système éducatif à bout de souffle et qui demande d’être reformé profondément.  

Cela signifie que plus de la moitié des étudiants guinéens n’ont pas le niveau leur permettant de franchir le seuil de l’Université. Certes, le fait d’éviter de repêcher les candidats en se référant à leurs notes de cours, qui sont souvent falsifiées par leurs établissements, n’est pas mauvais en soi, dans la mesure où il permet de soumettre les écoliers à une évaluation plus rigoureuse pour un meilleur contrôle des connaissances.

La prolifération des écoles privées, dans une situation de concurrence, sans un bon contrôle du Ministère en charge, fait en sorte que chaque école cherche à avoir le meilleur taux de succès au bac, pour favoriser les inscriptions.

Cela dit, nous avons plutôt assisté à une évaluation plus sélective, dont le but est de diminuer le nombre de bacheliers et de réduire, du même coup, les coûts de la formation en les orientant uniquement dans les universités publiques.  

Or, un système éducatif performant doit plutôt opter pour une évaluation formative. L’école doit être un lieu d’acquisition des connaissances scientifiques et de formation globale de l’individu, pour faire de lui une personne épanouie et un bon citoyen de son Pays.  C’est pourquoi, avant de décider de supprimer les notes de cours, il fallait préparer davantage les candidats en prenant des mesures d’accompagnement, notamment du soutien scolaire.

Si l’objectif de l’examen est d’amener les élèves à apprendre leurs cours, en sanctionnant leur formation, il est d’ailleurs possible d’organiser une deuxième session de rattrapage qui doit être réalisée dans les mêmes conditions d’exigence et de rigueur que la précédente.

De plus, le fait de n’avoir que trois options, diminue la chance de réussite scolaire de beaucoup de candidats, tout en contraignant d’autres à rater leur vocation en faisant des choix par défaut.

C’est pourquoi il est maintenant urgent de créer des bacs professionnels en Guinée. C’est ce qui va contribuer également à valoriser la formation professionnelle, en incitant ainsi beaucoup de jeunes à s’orienter vers les métiers, qui les mettraient à l’abri du chômage.

Les nouvelles dispositions prises par le MEPUA par rapport au Baccalauréat s’inspirent d’une rigueur qui est souhaitable dans le contexte d’un système éducatif miné par la corruption et par des logiques où l’école apparait plus comme un lieu de distribution de diplômes que comme une institution chargée de la transmission du savoir.  

Or, la rigueur seule n’est pas suffisante si elle n’est pas accompagnée par une véritable réforme visant à rehausser la qualité de la formation.

De tels examens aux résultats catastrophiques ne contribuent pas à augmenter le nombre de cadres et de techniciens dont le pays a besoin, contrairement à la vision néolibérale de la réforme des systèmes éducatifs prônée par les technocrates de la Banque Mondiale.

Ils contribuent également à la mise en place d’un système éducatif élitiste, source d’inégalité sociale. D’ailleurs plusieurs études sociologiques en Afrique ont montré que seule la sélection ne rend pas un système éducatif performant : elle peut même déboucher sur une sélectivité pathologique qui créé ainsi des goulots d’étranglements.

Dans de telles conditions, seuls les élèves issus de familles de cadres aisées ont plus de chance de réussir à l’école, car leurs familles peuvent adopter certaines mesures (écoles privées, répétiteurs, achat de livres et ordinateurs etc.) qui favorisent leur réussite.  

Pour lutter contre l’inégalité scolaire, l’Etat doit tendre la main aux élèves issues des familles et des communautés pauvres, surtout en milieu rural, en les rapprochant de l’institution scolaires et  en créant des mesures d’accompagnement pour les élèves en difficulté scolaire.

En ce qui concerne l’orientation des élèves dans l’enseignement supérieur, elle doit ne doit pas avoir pour unique objectif de réduire les coûts de la formation en opposant, de manière stérile et manichéenne, économiciste et simpliste, les Universités publiques et privées.

Les deux systèmes doivent être complémentaires : chaque partie doit utiliser les atouts de l’autre. Les Universités privées ne sauraient faire l’économie de l’expérience et des acquis des Universités publiques : c’est d’ailleurs ce qu’elles ont fait intelligemment, en recrutant les enseignants fonctionnaires les plus qualifiés.  

De plus, certaines universités ont créé des partenariats avec les universités publiques de la Guinée et de la sous-région, comme Cheikh Anta Diop de Dakar.  

Si l’UNC ou Kofi Annan font venir des enseignants plus qualifiés des Pays voisins, cela doit être considéré comme un acquis à préserver.

Les Universités privées ont des atouts sur lesquels l’Etat peut s’appuyer, par exemple des systèmes d’évaluation plus rigoureux.

A l’Université Kofi Annan il y a une bibliothèque moderne, meilleure par rapport à celle du public ; dans un contexte de partenariat, les étudiants de Gamal et de Sonfonia pourraient aussi consulter ses livres. Ils pourraient également bénéficier de l’expertise de certains enseignants étrangers, dont les Universités privées payent les honoraires, en les faisant venir pour des missions.

Cette complémentarité ne peut se réaliser que dans un contexte où les Universités privées respectent certains critères académiques.

Dans ce cas, à notre avis, le rôle de l’Etat est de garantir le respect de ces normes et de ces critères et d’amener les Institutions d’enseignement privées à rehausser leur niveau.

Il faut reconnaitre qu’il y a de petites Universités qui sont loin de respecter les critères académiques : celles-ci ont tout intérêt à se regrouper pour mutualiser les moyens et conjuguer les efforts.  

Nous allons ainsi parvenir à une situation bien connues dans les Pays Occidentaux, où dans chaque grande ville il y a une Université publique avec deux ou trois grandes Universités privées, qui se présentent comme une alternative de qualité.

Sur le plan économique et social, n’oublions pas non plus que les Universités privées offrent des emplois à des centaines d’enseignants qui peuvent ainsi faire vivre leurs familles et jouir d’un minimum de pouvoir d’achat, nécessaire pour le bon fonctionnement de l’économie nationale.

Les Universités privées favorisent ainsi l’insertion professionnelle des jeunes brillants, tout en les engageant dans un processus de formation continue, à l’instar de plusieurs jeunes enseignants qui sont en train de préparer, à présent, des Masters et des doctorats.

Abdoulaye Wotem Somparé

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