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L’Afrique et son utopique place de membre permanent au Conseil de Sécurité (Par Mohamed Mara)

Depuis 2005, les pays africains ne cessent de réclamer une réforme de l’ONU qui garantirait au moins une place de membre permanent au Conseil de Sécurité. Alpha Condé n’a pas dérogé à la règle ce mardi 19 septembre. Du haut de la tribune de la 72ème assemblée générale de l’ONU, le président en exercice de l’Union Africaine a revendiqué le nouveau dynamisme d’une Afrique désormais debout, prête à assumer sa place dans la gestion des affaires planétaires. Malgré notre optimisme indécrottable, force est de reconnaître que l’Afrique n’a jamais été aussi loin de réaliser ce rêve.

« Priorité à l’être humain : paix et vie décente pour tous sur une planète préservée ». Tel est le thème de cette autre messe des puissants du monde, réunis pour déterminer le sort de notre race. Comme pour sonner le brusque réveil de ce gouvernement mondial qui nous avait habitués à tout sauf ce qui concerne immédiatement notre survie sur une terre en plein péril humanitaire et environnemental. Le début du troisième millénaire semble avoir marqué notre monde comme un endroit en détresse et dangereux, voire hostile à l’humain. Certes le nombre de riches a augmenté. Mais celui des démunis et simplement en quête d’une vie décente a explosé. Partout sur la face du globe, la nature entre en furie et balaie ce que nous avons construit depuis des décennies laissant place à une désolation innommable. Et quand elle se montre clémente, ce sont les menaces militaires soutenues par des visées économiques et la géostratégie qui mettent en péril l’existence humaine.

L’ONU telle qu’elle se présente est une institution d’une autre époque pour résoudre les problèmes d’une autre époque. Certes l’appétit de domination qui animait la plupart de ses géniteurs reste encore le même, mais l’enjeu qui surplombe tout désormais est celui de l’existence de l’humain. Qu’elles soient militaires, environnementales, naturelles, sanitaires ou économiques, jamais les menaces pour notre espèce n’ont été aussi nombreuses et redoutables. Et toutes semblent avoir choisi les terres du Sud pour déployer leurs giboulées et s’aguerrir.

L’ONU, ce ‘’machin’’ comme l’appelait le Général de Gaulle, reste aux yeux de millions d’humains comme un instrument de domination et d’exploitation des plus faibles par les puissants. A sa tête trône impitoyablement cinq nations qui dictent depuis si longtemps leur desiderata, et décident de quand souper ou mouler un cake. Ne vous méprenez jamais sur leur vrai visage. Qu’importe le langage qu’ils empruntent, diplomatique ou non, ils sont pareils et visent les mêmes trophées. Et justement notre Afrique est leur terre de chasse favorite, depuis si longtemps qu’elle n’est plus qu’un tableau de leur propre décor.

La charmante symphonie déployée sur cette tribune du Palais de Verre ne doit en aucun cas faire oublier les guerres sanglantes de positionnement géopolitiques. L’Amérique reste aux américains, et ils veillent également à ce que nul ne se plaigne du partage en Afrique. La Couronne britannique quant à elle n’a jamais été aussi florissante sous nos cieux. La Chine désormais décomplexée brûle nos terres au cyanure quand elle ne peut les exporter ou cultiver. La France fait et défait nos potentats au gré des valeurs boursières du moment. La Russie reste toujours aussi discrète sur son juteux commerce d’armements qui alimente nos guerres, et Dieu sait qu’elles sont nombreuses. Aux dires mêmes du président en exercice de l’Union Africaine, nos théâtres constituent 70% des discussions au sein du Conseil de Sécurité.

Depuis sa création, les Nations-Unies n’ont connu qu’une seule réforme qui avait superbement ignoré l’Afrique. Cette même Afrique, qui à sa création, n’existait que sur quelques cartes coloniales hormis le Libéria et l’Ethiopie. Les anciens colonisateurs n’ayant pas prévu de place à la sainte table pour des peuples qu’ils n’entendaient pas libérer de leur asservissement, malgré une contribution remarquable à la destruction du joug hitlérien. Mais il est vrai qu’on ne se lève pas de table pour son serviteur le plus dévoué, même s’il venait à s’émanciper.

Nonobstant ce handicap historique, l’Afrique se met à rêver, depuis douze ans, de cette réforme sans cesse annoncée qui lui octroierait sa place légitime. Mais pour y être il faudrait cultiver une meilleure gouvernance politique et économique qui lui garantirait une assise confortable et incontournable dans les échanges commerciaux planétaires. Ensuite il lui faudrait réaliser le vieux rêve des Pères de l’Indépendance, celui de l’Unité africaine.  Or cette unité symbolisée par l’UA n’est que de façade. L’éclatement des positions de nos gouvernants sur les dossiers soudanais, Libyen, ivoirien et burundais le prouve à souhait. Comment donc un continent divisé politiquement, avec des niveaux de développement déséquilibrés selon les régions entend-t-il imposer son point de vue au reste de cette assemblée mondiale ? La guerre fratricide déclenchée autour du Plan OMEGA de Maître Wade et du Millenium African Plan de Thabo Mbeki rappelle les luttes de leadership intra-africaines. L’hibernation du NEPAD né de leur fusion tire largement ses origines de cette tare congénitale.

C’est une erreur tragique d’oublier les circonstances qui ont prévalu à la naissance de l’ONU. C’est cynique de le dire ainsi, mais les Nations-Unies sont nées d’une catastrophe universelle. Seul un chamboulement mondial remettra l’Afrique au cœur de la scène et lui permettra de prendre d’assaut le Conseil de Sécurité. Un boum économique ne suffirait pas à le faire. L’Allemagne, le japon, le Brésil ou encore l’Inde en sont les preuves.

Comme le disait Nikita Khrouchtchev à l’assemblée générale des Nations-unie (13 octobre 1960) : « Ce qui est à nous est à nous, ce qui est à vous est négociable ».

Par Mohamed Mara

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