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Bah Oury : «l’ONU avait déjà indiqué que Sékouba Konaté fait partie des personnes inculpées» (Interview)

Le 28 septembre 2009, une manifestation politique contre le maintien au pouvoir de la junte militaire, tournait au carnage à Conakry. Plusieurs morts, des disparus et des femmes violées à ciel ouvert. Bah Oury, vice-président l’UFDG au moment des faits, était le président du Comité d’organisation de ladite manifestation. Huit ans après, ils en parle avec nous.

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Mosaiqueguinee.com : Vous avez été ce matin au siège de l’Association des Victimes, Parents et Amis  du 28 septembre (AVIPA) avant de vous rendre au stade où vous avez déposé une gerbe de fleurs. Quel était l’objectif de ces  déplacements ?

Bah Oury : Comme vous le savez, j’étais le président de la commission d’organisation de la manifestation du 28 septembre 2009 pour le compte des forces vives. J’ai tenu à rendre hommage aux victimes. Après le siège de l’AVIPA, comme l’année dernière, je me  suis rendu au stade du 28 septembre  pour déposer une gerbe de fleurs pour rendre hommage à toutes les victimes.

Mosaiqueguinee.com : Huit ans après, aucun procès pour situer les responsabilités. Quel regard portez-vous sur le volet judiciaire de cette affaire ?

Bah Oury : Il y a eu des avancées ces dernières années dans le cadre de la poursuite judiciaire, mais la dernière ligne droite tarde à être engagée. J’espère que le ministre de la Justice, avec l’appui du gouvernement actuel, mettra tout en œuvre pour que ce procès puisse se tenir dans un délai raisonnable, d’ici la fin du premier trimestre de 2018.

Mosaiqueguinee.com : Des victimes du 28 septembre ont porté plainte contre le Général Sékouba Konaté, qu’en dites-vous ?

Bah Oury : Je salue l’initiative de ce collectif de victimes qui veulent que tous les acteurs de l’poque puissent être entendus. Et comme vous le savez, ce sont les forces de défense et de sécurité qui ont été mises en cause. La commission d’enquête internationale de l’ONU avait déjà indiqué que le Général Sékouba Konaté fait partie des personnes inculpées, au regard de sa responsabilité comme ministre de la défense. Il est tout à fait normal qu’il soit entendu au même titre que tous les autres acteurs du CNDD.

Mosaiqueguinee.com : En tant que président de la commission d’organisation, vous ne vous sentez pas moralement responsable de ce qui s’est passé. La junte a quand même essayé de dire qu’elle avait  demandé de reporter la manifestation.

Bah Oury : Il n’a jamais été officiellement indiqué que le CNDD demande à surseoir à cette manifestation ce jour.  Certains d’entre eux ont appelé d’autres responsables politiques mais personnellement, en tant que président de la commission d’organisation, je n’ai jamais été approché pour demander de surseoir à cette manifestation. Si certains ont eu des entretiens dans les couloirs, ça n’engage qu’eux, mais ça ne fait pas force de loi.

Mosaiqueguinee.com : Cet événement a quand même détourné le sens historique de cette date du 28 septembre, vous ne vous sentez pas coupable de cela ?

Bah Oury : Au contraire, je peux même dire que le choix de la date du 28 septembre 2009 pour manifester en revendiquant la démocratie, c’était un écho au 28 septembre 1958 où le peuple de Guinée, dans le cadre du référendum, avait demandé l’indépendance.

Mosaiqueguinee.com : Vous n’avez pas été personnellement mis en cause, mais des leaders politiques ont quand même perçu de l’argent qui était destiné aux victimes. Aujourd’hui, vous de l’opposition surtout, vous ne semblez pas mettre la pression sur l’Etat pour que justice soit rendue.

Bah Oury : Ceux qui ont reçu de l’argent doivent s’expliquer devant une juridiction bien précise, pour que la vérité soit connue. Est-ce que c’est un abus de biens sociaux ? L’argent qui était destiné aux  victimes, ne devrait pas être détourné. Si certains en ont profité pour s’enrichir, ils doivent se justifier.

Deuxièmement, il n’y a aucun acte judiciaire qui a demandé à ce que l’Etat indemnise certains, et abandonne d’autres. Là aussi, sur le plan administratif, c’est une faute administrative grave. Paix à l’âme de feu Jean Marie Doré, mais l’acte administratif n’était pas en conformité avec les règles de bonne gouvernance.

Ensuite aujourd’hui, on ne doit pas attendre qu’il y ait une indemnisation de la part de l’Etat pour faire quelque chose. L’UFDG, qui a dans ses rangs, le nombre de victimes le plus élevé, n’a pas officiellement fait ce qu’elle devrait faire pour cela.

J’ai dit et répété, moi Bah Oury, fondateur de l’UFDG, président de la commission d’organisation de la manifestation du 28 septembre 2009, le jour où je serai président de l’UFDG, le parti devra faire de telle sorte qu’il y ait un fonds de l’UFDG, pour contribuer à soulager la souffrance et la solitude de toutes les victimes de la lutte pour la démocratie, y compris celles du 28 septembre 2009.

Interview réalisée au téléphone par Thierno Amadou M’Bonet Camara

 

 

 

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