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Dr Koureissy Condé, président de la CANEG : «Les Chinois ne nous font pas de cadeaux»

Le Directeur Exécutif de l’ONG African Crisis Group a accordé un entretien à votre semainier lors duquel, le Dr Koureissy Condé  a abordé plusieurs questions d’actualité nationale, notamment la manifestation de l’opposition républicaine, les violences enregistrées à Boké et l’accord-cadre obtenu par la Guinée auprès de la République Populaire de Chine.

L’Indépendant: Que pensez-vous de la manifestation de l’opposition républicaine du  20 septembre 2017?

Dr Koureissy Condé : Je pense que l’opposition est dans ses droits. La manifestation est un élément constitutif de la démocratie, de la liberté d’opinion. La liberté de manifester est consacrée par la loi, à condition bien entendu que les conditions d’organisation prévues par loi soient, premièrement, connues et respectées. Deuxièmement,  l’exemple guinéen en la matière jusqu’à une date récente était beaucoup plus alarmant, puisque nous avons assisté à des manifestations qui ont dégénéré avec des dégâts importants mais aussi avec des victimes, des pertes en vie humaine.

Je salue l’esprit civique qui a amené le pouvoir public à revoir sa stratégie et sa démarche par rapport à la gestion des manifestations et engager le dialogue avec les partis politiques de l’opposition comme d’ailleurs avec la société civile parce que le syndicat et la société civile pour donner un caractère pacifique aux manifestations.

Le troisième élément,  c’est une recommandation. La manifestation est toujours  une absence de dialogue. La manifestation ou les marches sont des formes de revendications qui n’ont lieu que lorsqu’on n’est pas satisfait avec ce que l’on a ou on n’a pas été entendu ou alors on veut faire entendre autre chose qu’on n’avait pas dit avant.

Dans l’un ou l’autre des cas, le dialogue doit être un outil fondamental pour la consolidation de la paix. Il faut que les conditions objectives et subjectives d’un dialogue permanent soient créées et garanties par l’Etat.

N’est-ce pas là le signe de l’échec du processus du dialogue, vu que l’opposition s’est retirée en même temps du comité de suivi ?

C’est un retrait que nous regrettons. La société civile doit s’impliquer dans la restauration de la confiance pour la poursuite du dialogue. Pour se faire, il faut que les acteurs concernés en fassent la demande. On ne s’invente pas médiateurs, on ne s’invente pas facilitateur. Premièrement, ce sont les acteurs d’un conflit, ce sont les acteurs en difficultés, ce sont les éléments qui portent la contradiction qui doivent exprimer le désir de faire appel à des facilitateurs. Deuxièmement,  la classe politique doit savoir que le dialogue en question n’est pas que politique. Le dialogue social doit primer sur le dialogue politique. Donc, la valeur d’une relation sociale, de nos liens sociaux, ce sont des questions liées à l’équilibre, à la quiétude sociale et à la cohésion qui doivent prévaloir.

Donc les conditions techniques qui ont amené l’opposition à se retirer du comité de suivi et à suspendre sa participation à cette forme de pourparlers est préoccupant. Et cette préoccupation est partagée par tous les observateurs et il faudrait que l’opposition fasse l’effort de nous en donner les raisons exactes, les mobiles pour nous permettre, nous plateformes de la société civile en tout cas, la  CANEG (Coalition des acteurs étatiques de Guinée) dont le profil, la vision et la vocation est la consolidation de la paix pour nous permettre de contribuer à ressouder et à retrouver le fil du dialogue

A votre avis qu’est-ce qu’il faut pour sortir de cette crise?

Il faut renouer le fil du dialogue pour revenir à la table de négociation. Et pour se faire, il ne faut pas considérer une rupture aujourd’hui comme un échec.  Il faut considérer comme une page, il faut considérer comme un aspect, comme un tournant parce que le processus du  dialogue politique a commencé depuis très longtemps. Il faut continuer, il faut s’assurer qu’il n’y a pas une volonté de nuisance derrière, et que l’essentiel, c’est la paix et le développement de la Guinée qui est dans l’esprit de tous.

Et  pour se faire, la société civile a un rôle à jouer bien entendu mais la tâche essentielle est à l’Etat de créer les conditions objectives et subjectives de surveillance dans la transparence pour amener l’opposition à ne pas avoir preuve de la mauvaise foi et de la mauvaise volonté. Cela ne peut se faire que dans la transparence parce que cette transparence garantit que l’opposition n’a aucune raison de déclencher un mouvement qui peut freiner la vie normale des écoles, de l’administration, les marchés, le transport public, et  le fonctionnement des institutions.

Boké vient d’enregistrer des morts et des blessés suite à des manifestations et ceci n’est une première fois. Pensez-vous que la répression est la solution appropriée pour ces genres des convulsions ?

Non ! La dissuasion et la prévention sont certainement des remèdes et pas la répression.

Ce qui est déplorable, c’est qu’il n’y a jamais d’enquête sur les tueries enregistrées lors des manifestations en Guinée. En tant qu’un acteur de la société civile, qu’en pensez-vous?

Les Etats en Afrique, les Etats nations, les pays africains souffrent essentiellement d’un problème de justice. Si on donnait les moyens et beaucoup de moyens à la justice, si on présentait la justice comme la priorité des priorités et si on permettait aux citoyens de comprendre le fonctionnement de sa justice, c’est serait un pas important que les pays africains aient à franchir vers le développement et vers la quiétude et la sécurité.

Les poursuites sont nécessaires et indispensables parce que la responsabilité pénale est individuelle. Naturellement, il faut que la justice prenne sa responsabilité. Il faut que la lumière soit faite chaque fois qu’il y a un cas de mort d’homme. Chaque fois qu’un Guinéen est perturbé et blessé et privé de sa vie que son intégrité physique, il est important que la justice fasse son travail que la suite soit connue par les citoyens, c’est important.

La Guinée vient de signer un accord de 20 milliards USD avec la Chine dans une opération de mines contre infrastructures. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Avec satisfaction, selon les explications des experts,  c’est une bonne disposition d’intention qui a des contraintes. On ne veut pas dire les Guinéens, levez-vous qu’on va vous donner 20 milliards. On veut dire les Guinéens à ce stade, on peut vous prêter 20 milliards, c’est une déclaration d’intention.

Donc, il y a des conditions techniques qui sont réunies autour de ça, j’ai suivi la communication du ministre d’Etat, Kassory Fofana qui était en communication très pertinente. J’ai suivi aussi les explications des experts en la matière qui sont pessimistes  d’autres, sont plutôt optimistes.

Mais pour l’essentiel, en ce qui me concerne, connaissant ou suivant l’évolution de la société chinoise et la stratégie chinoise en vers les pays en développement, les Chinois ne vont pas nous faire de cadeau. Ils ont fait des cadeaux dans l’histoire de nos relations avec la Chine lorsqu’il y avait une amitié idéologique entre nos deux pays, lorsqu’il y avait une amitié politique entre nos deux leaders. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. C’est une relation de partenariats sur la coopération bilatérale et les Chinois ne nous font pas de cadeaux. Ils estiment que la Guinée est présentable et solvable et que si la Guinée réunit un certain nombre de conditions, conditions qu’eux-mêmes estiment que la Guinée peut les réunir en ce moment-là, ils vont donner l’argent.

Donc ils ont prêté attention, ils ont concédé, ils ont accepté, ils ont estimé que oui la Guinée est aujourd’hui en mesure d’avoir un prêt à hauteur de 20 milliards usd. Ce qui n’est pas rien. Il faut saluer à priori en souhaitant du côté guinéen qui nous puissions remplir toutes les conditions pour mériter et décrocher ces 20 miliards GNF. Même les 3 milliards décaissables maintenant ne sont que des tests pour savoir est-ce que le montant va être donné ou pas. Donc, ne crions pas à la perte, ne crions au détournement ou à l’échec avant même que l’enveloppe ne soit ouverte. En termes de projet, en termes d’étude, il faut se féliciter parce qu’il y a quelques années, la Guinée ne répondait plus à ce critère. La Guinée n’était plus à ce rendez-vous. Il faut le dire courageuse.

Il y a un mini-remaniement ministériel qui a fait du bruit dans la cité. Quelle est votre réaction?

Oui les remaniements ministériels sont dans les attributions du président de la République. Le président de la République est libre de faire ces remaniements. En tant qu’acteur de la société civile, je n’ai  pas d’objection ou de commentaire à faire au président de la République. Selon la constitution, il procède au remaniement  partiel ou total et en fonction de critères, les exigences  qu’il propose.

En ce qui nous concerne la société civile, nous œuvrons à ce que l’intérêt des citoyens soit garanti et protégé. Nous, nous sommes contre un contrepouvoir,  nous ne sommes pas une opposition. Mais, nous sommes un contrepouvoir  nécessaire  et même indispensable au pouvoir parce que c’est nous qui avons l’obligation morale d’activer d’alerter, de signaler, de contredire ou même de faire des propositions et des solutions alternatives.

Que pensez-vous du fonctionnement des institutions républicaines ?

Les institutions républicaines sont des éléments importants pour la démocratie. La séparation des pouvoirs dont on parle n’a de sens que lorsque l’autonomie des institutions est garantie. La transparence dans leur fonctionnement est assurée. Nous avons besoin de nos institutions. La faiblesse des institutions étatiques en Afrique fragilise les Etats africains. La démocratie est basée sur la séparation des pouvoirs. Il faut que chaque pouvoir puisse assumer ses responsabilités et que la synthèse, la cohérence dans leur complémentarité  permettent aux citoyens de se sentir à l’abri de toute injustice, de toute forme d’arbitraire et de se sentir en sécurité et de voir les perspectives d’avenir que lui offre la République.

Comment avez-vous accueilli l’élection du nouveau président de la CENI?

Ce n’est pas moi qui l’ai accueilli. Ce sont les commissaires qui l’ont accueilli et je souhaite que la CENI puisse fonctionner normalement. La CENI du point de vue de la gouvernance électorale est une institution importante dans notre pays. Lorsqu’il y a des problèmes à la CENI, ce sont des problèmes qui peuvent avoir des conséquences  sur tout le fonctionnement de l’Etat en termes d’exercice du pouvoir.

Donc nous souhaitons bonne chance au nouveau président de la CENI que j’ai rencontré, il n’y a pas longtemps et nous souhaitons que la société civile dans son ensemble puisse désormais suivre pas à pas l’évolution du fonctionnement de la CENI pour éviter d’autres crises de cette nature.

Un mot de la fin?

Je souhaite pour la Guinée l’entente, l’union entre les Guinéens comme prioritaire, voir le Guinéen et la Guinée d’abord avant de voir son origine ethnique, sa religion, sa race, sa culture. Il faut voir la Guinée et les Guinéens d’abord, Dieu nous a donné tout dans notre pays. Nous avons la mer, la savane, les montagnes, les fleuves, de l’or, de diamant, de bauxite. Il reste la formation du bon citoyen guinéen.

In Indépendant 

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