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Victimes du premier régime : comment Nadime Barry a retrouvé la tombe de son mari avant de l’enterrer à nouveau

Nadime Barry est une Française qui a avait pour époux, le Guinéen Abdoulaye Barry qui a trouvé la mort sous le règne de feu Ahmed Sékou Touré. Barry Abdoulaye, il faut le rappeler, était chef de cabinet au ministère des affaires étrangères à l’époque.

Selon Nadime Barry, Abdoulaye Barry avait été arrêté à Sénko, à la frontière avec la Côte d’Ivoire puis conduit à Kankan.

Interrogée en marge de la conférence de presse animée ce mardi, 23 janvier 2018 par l’association des victimes du camp Boiro (AVCB), Nadime Barry a expliqué comment à travers des enquêtes, elle a pu retrouver la tombe de son mari à Tokounou, préfecture de Kankan avant de le déterrer pour aller l’enterrer dans sa concession à Kipé.

« Depuis 13 ans, je cherchais à savoir si mon mari était vivant ou mort. Après la mort de Sékou Touré, j’ai encore enquêté pendant 9 ans pour savoir où, quand et comment il est mort. Finalement et grâce à des témoins, j’ai su que c’est à Tokounou (Kankan) où il est mort suite aux tortures qu’il a subies en prison à Kankan le lendemain de son arrestation à Sénko, à la frontière guinéo-ivoirienne. J’ai accumulé plein de renseignements qui m’ont mené à la certitude qu’il était à Tokounou et on a retrouvé l’endroit. J’ai acheté le terrain deux fois et j’ai aménagé la tombe de mon mari sur laquelle je venais chaque année me recueillir. Un jour, quand RIO TINTO a indiqué le tracé de son chemin de fer, je me suis aperçu qu’il passait sur la tombe de mon mari. Je leur ai dit que c’est un site touristique. On m’a dit qu’on va déplacer mon mari, je leur ai dit non, modifier le tracé de votre voie ferrée. Mais RIO TINTO a fait une réunion de sensibilisation à Tokounou pour expliquer aux habitants que si la voie ferrée traverse un terrain ou une concession, les propriétaires seront indemnisés. Les gens anciennement propriétaires de mon terrain ont tout cassé même la tombe pour faire savoir que le domaine leur appartient. Finalement on a déterré les restes de mon mari pour les ramener dans mon jardin à Kipé », a raconté Nadime Barry.

Poursuivant, elle ajoute que la Guinée regorge beaucoup de charniers. Pour qu’il y ait la paix dans ce pays, Nadime estime qu’il faut identifier ces charniers et les matérialiser.

« Il y a beaucoup de charniers dans toute la guinée. Au pied du mont Kakoula il y a quatre hectares de charniers. Au pied du mont Gangan, il y a beaucoup aussi et qui étaient même minés, que l’Ambassadeur de France a fait déminer il y a quelques deux ans. Le principal charnier de Macenta se trouve derrière l’ancienne maison du gouverneur aujourd’hui le préfet. (…) Dans toutes les villes de la Guinée, il y a des charniers. Les âmes pèsent sur le pays. C’est du péché, c’est une chape de plomb qui empêche le pays de se développer. Je crois que tant qu’on n’aura pas retrouvé les charniers, mis des plaques pour matérialiser les choses, on n’aura pas la paix dans ce pays », a-t-elle insisté.

Reste à savoir si la commission de réconciliation nationale instituée par Alpha Condé et qui bat de l’aille ou n’existe presque plus prêtera une oreille attentive à ces suggestions surtout quand elle va se relever de sa léthargie.

Mamadou Sagnane

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