Actualités

Général Soumah, President Alpha et le prince de Machiavel (opinion)

Il est l’un des penseurs les plus accusés, à tort ou à raison, mais je pense surtout à tort, de sadisme politique. A chaque fois qu’un homme – ou une femme – politique utilise des trics pour enfoncer impitoyablement ses adversaires, son nom est invariablement cité. Plus de six siècles après son passage sur terre, il doit encore se remuer dans sa tombe en constatant que l’on continue de l’indexer comme inspirateur des agissements amoraux ou politiquement incorrects  des politiques. ‘’ Il’’ ne s’agit pas de quelqu’un d’autre. ‘’Il’’ s’agit bien de Machiavel. L’exotisme de son nom – ou probablement la connotation de méchanceté que celui-ci porte –  pourraient-ils y être pour quelque chose ? La pensée de Machiavel est-elle réellement Machiavélique ?

Philosophe politique italien, Machiavel,  de son vrai nom  Niccolò di Bernardo dei Machiavelli, a fait l’objet de plusieurs interprétations. Charles Benoist disait non sans ironie qu’il existe au moins quatre types de machiavélisme : celui de Machiavel, celui de ses disciples, celui de ses adversaires et celui, a plus grand nombre d’adeptes, des gens qui ne l’ont jamais lu.

Fin observateur de l’exercice du pouvoir, Machiavel  asserte dans son puissant ouvrage révolutionnaire, le PRINCE, que fortuna – la chance ou l’occasion ou les deux –  est comparable à la femme (puissent nos mamans et sœurs m’excuser) : elle favorise les braves, spécialement si ceux-ci sont jeunes. En lisant cela, un certain Macron vient à l’esprit. Si l’on fait abstraction de l’âge, le prince, ou devrais-je plutôt dire le roi, Alpha pourrait également venir à l’esprit. Toutefois, poursuit Machiavel,  pour transformer fortuna  en opportunité, il est nécessaire d’avoir  ce qu’il appelle virtù – cette valeur rare et insaisissable de bon jugement, de la bonne décision…. Trouvez-vous cette assertion machiavélique ?

Jusqu’à son accession à la magistrature suprême, on peut penser que le roi Alpha avait fait montre de bon jugement, tout au moins politique : de sa décision de se dissocier de la gestion du pays dans le passé à la préventive accusation, entre les deux tours de la présidentielle de 2010, de l’Ambassadeur malien en Guinée de conspiration avec Cellou pour truquer les résultats des consultations en faveur de ce dernier. Des rumeurs d’empoisonnement de l’eau, entre les mêmes deux tours, à la menace à l’égard du président malien de la CENI d’alors de pousser ses militants à envahir les rues si les résultats tardaient à tomber. Des manœuvres politiques qui ont permis la formation de la coalition qui l’a porté au pouvoir au choix des personnes sans envergure à la tête des institutions républicaines, la Primature et  l’hémicycle notamment. D’abord Mamadou Said ensuite Mamadi Youla pour la première et l’éternel Koly pour la seconde.  Tout ceci peut être qualifié d’habilité politique.

Toutefois,  fortuna est inconstante par nature. Justement, pour la faire perdurer, Machiavel argue qu’il est nécessaire de maintenir le peuple heureux et d’avoir comme alliés les « grandi ».

Le peuple embrasse un large spectre de citoyens, souvent accablés par le combat quotidien pour venir à bout des nécessités élémentaires, les besoins physiologiques de base au sens de Maslow. Ils vivent en dessous du seuil de pauvreté et représentent au moins 55% de la population guinéenne. Comme résultat de la gestion catastrophique du pays par le Président et son gouvernement, dont les membres ajoutent l’incompétence à la liste de leurs pêchés, leur nombre est promis, que Dieu me pardonne, à une jolie croissance.

Quant aux « grandi », ils correspondent globalement à ceux qui, pour une raison ou une autre, occupent, licitement ou illicitement, la haute sphère de la hiérarchie sociale. Ils vont des prétendus ‘’opérateurs économiques’’, véritables parasites des ressources publiques, aux fonctionnaires véreux, qui voient en leur capacité à se servir des deniers publics un symbole de réussite sociale et de privilège ‘’divin’’. Les « grandi » incluent également les leaders d’opinion à grande audience : des renommés journalistes aux artistes qui drainent la foule. Des leaders spirituels charismatiques aux patrons des puissantes centrales syndicales. Et c’est à ce dernier niveau que le Général Soumah entre dans la danse.

Pour la petite histoire, il y a moins de deux mois, le nom du général était complètement méconnu du grand public. Je parie que même de la plus part des enseignants qu’il représente syndicalement. Mais, grâce  à ses communications délibérément provocatrices, le roi Alpha a réussi à faire de cet obscur syndicaliste un véritable symbole de résistance, qui lui confère désormais une notoriété nationale. Hier pestiféré et présenté comme l’ennemi public numéro1 et infréquentable, le général est devenu aujourd’hui le centre de gravité dans la résolution d’une crise qui semble s’enliser, jour après jour. L’on se demande parfois comment M. Alpha a pu survivre  dans un business de communication comme la politique.

Le début de l’érosion de Fortuna se produit lorsque qu’une partie du peuple et des grandi agissent à l’unisson pour affronter le prince, dans notre cas le roi.

Ainsi, après s’être mis les médias sur le dos hier, M. Alpha est la cible de la grogne légitime des enseignants aujourd’hui. Sachant que qui parle d’enseignants parle d’élèves et, ultimement, de parents d’élèves, ce mouvement constituerait-il le début de la fin de la période de grâce accordée au roi Alpha ?

L’une des armes politiques dont le sieur Alpha et la machine de propagande et d’intox du RPG ont jusque-là déployée afin de prévenir, si ce n’est de contenir, d’éventuels troubles, est la stigmatisation de l’adversaire du jour, le nommé « chef de fil de l’opposition ».  Ce futile titre soigneusement choisi pour créer la discorde au sein de l’opposition. Bon…ceci n’est pas le sujet. Pour revenir au sujet,  la démarche du Président guinéen est de jouer, non pas sur les aspirations du peuple ; mais sur sa peur. Peur de voir l’autre arrivé au pouvoir. Pour raviver le support des militants face à un scandale, face à une revendication quelconque, sa tactique est de présenter le sujet de la façon la plus partisane que possible, de manière à en faire une question de loyauté plutôt que de vérité.

En raison de la misère qui accable la population, cette stratégie semble être mise à rude épreuve. Et c’est à juste titre que dans ce que le gouvernement d’Alpha appelle le PNDES rappelle, dans son contexte, que la pauvreté multidimensionnelle, cette privation multiple de biens durables et de services sociaux de base, touche plus de 60% des guinéens (INS et Banque Mondiale 2016). Ajoutez à cela la pauvreté monétaire évoquée plus haut, vous avez un bon cocktail pour les troubles sociaux.

Grace à sa persévérance et à sa détermination, le Général se trouve aux manœuvres de ce cocktail aujourd’hui. Sa base de supporters s’élargit à un rythme effréné.

Comme l’a dit Xi, le Président chinois, lors du récent congrès du parti: «L’histoire traite avec bienveillance ceux qui sont résolus, avec détermination et ambition, et avec beaucoup de courage. Elle n’a guère de temps pour les hésitants, les apathiques ou ceux qui sont averses aux défis».

Alors, cher Général, j’ignore ce que cela vaut en réalité, mais sachiez que vos compagnons et vous avez mon plein support.

 

Mamadi Sitan keita

Consultant International, Spécialiste du Développement Economique et Social

Commentaires

commentaires

Ajouter un commentaire

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*

To Top