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La chronique de Mamadou Dian Baldé : Kassory face aux  travaux d’hercule

Le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé a consacré sa chronique de ce  dimanche aux défis plutôt dantesques qui attendent le nouveau gouvernement, et qui sont dignes des 12 travaux d’Hercule. Le  Premier ministre pour sa part  voit  le verre à moitié plein, ce, malgré l’immensité du chantier. Cette chronique vous est  servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ».   

Talibé Barry: Pour cette chronique de ce matin, vous évoquez les défis qui attendent le nouveau gouvernement, dont le chef d’orchestre est Ibrahima Kassory Fofana.  Des défis  que vous comparez aux 12 travaux d’Hercule ?

Mamadou Dian Baldé : Après les cérémonies de passation des charges entre ministres entrants et sortants, le gouvernement du Premier ministre Kassory Fofana doit s’atteler dorénavant à la mission qui lui est dévolue, à savoir celle de sortir la Guinée de l’ornière, par la création de richesses et d’emplois.

Le Premier ministre et son équipe vont donc devoir se lancer dans une course contre la montre, vu que les défis à relever sont dantesques. Et que le mandat du président Alpha Condé s’achève en 2020.

Les détracteurs du régime disent d’ailleurs que ce qui n’a pas été atteint en termes de résultats depuis son avènement au pouvoir il y a de cela 8 ans, ne pourra être réussi en 2 ans. A moins que le Dr Kassory ne dispose d’une baguette magique.

Maintenant qu’il est au pied du mur, les Guinéens s’attendent à ce qu’il expérimente ses recettes miracles. Déjà, on a à faire un  Premier ministre qui  voit le verre à moitié plein. C’est du moins l’impression qu’il dégage, quand il fait miroiter aux Guinéens, de hisser notre pays à un niveau de croissance à deux chiffres sur le court  terme. Et de surcroit, de damer le pion à la Côte d’Ivoire. Cela peut ressembler à bâtir des châteaux en Espagne. On pourrait parler même de Kassory face aux 12 travaux d’Hercule. Ce qui nous enverrait tout droit dans la mythologie.

Car la Côte d’Ivoire, c’est avant tout 40% du PIB de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). La deuxième économique la plus dynamique du continent, après l’Éthiopie, avec un taux de croissance qui frôle les 8 %. Ce sont là des statistiques de la Banque mondiale.

Les Guinéens, habitués qu’ils sont déjà à un président prodigue en promesses, vont certainement se garder de se bercer d’illusions, malgré des annonces de ce genre. Surtout quand elles  émanent  d’un chef de gouvernement qui, dans le contexte  guinéen, est parfois assimilé à la cinquième roue du carrosse.

A noter que pour commencer, Kassory Fofana s’est lancé dans une offensive de charme à l’endroit des institutions républicaines, des opposants et autres alliés de la majorité présidentielle. Il tente ainsi de draguer dans toutes les sphères de la société, afin de disposer d’un maximum d’adhérents à son programme.

Il faut donc attendre de voir ce que la nouvelle équipe va servir aux Guinéens. L’état de grâce pour notre cher PM risque d’être de courte durée.

Soupe à la grimace au Rpg arc-en-ciel

L’ambiance  ne serait pas à la fête au Rpg arc-en-ciel, depuis la nomination de ce gouvernement, avec la frustration que cela semble avoir créé chez ceux qui ne figurent pas dans l’équipe. Comment appréhendez-vous cela ?

E dirai que la menace de fermeture  du siège du parti au pouvoir par certains militants, est symptomatique du malaise qui sévit au sein de cette formation politique, depuis la nomination du nouveau gouvernement.  Il s’agit de ceux qui ne trouvent pas leur compte dans la nouvelle équipe. Soit parce qu’ils s’attendaient personnellement à être parmi les impétrants, soit parce qu’ils n’ont pas pu digérer le fait que des cadres qui se sont montrés  magnanimes à leur endroit, soient débarqués du gouvernement.

Les noms les plus cités par ce monde bruyant, sont ceux de Oyé Guilavogui, ancien ministre des Transports et de Kalil Kaba, directeur du cabinet de la présidence de la République.  Ce dernier n’a certes pas été laissé en chemin par le professeur Alpha Condé, à la faveur de ce remaniement. Mais l’arrivée d’un super ministre d’Etat aux Affaires présidentielles, a tout l’air d’un désaveu pour « Lilou », qui verra son champ d’action réduit. Il lui faudra désormais se référer au vizir qu’est Dr Mohamed Diané, qu’au calife.

Il faut noter que les indignés du parti au pouvoir se sont  mis  à déblatérer amèrement contre le président de la République et certains ministres entrants, dès le lendemain de la publication des décrets. A leurs yeux, certains impétrants  ne seraient pas à leur place dans ce gouvernement, qu’ils veulent à eux seulement. Eux, les « erpégistes » pur jus.

Face à cette poussée de rage chez une partie des militants de son parti, Alpha Condé a décidé de prendre le taureau par les cornes. C’est ainsi que le président de la République va s’inviter à l’assemblée générale du parti qui s’est déroulée samedi. En compagnie  de plusieurs membres de la nouvelle équipe gouvernementale.

Cette visite inopinée a été mise à profit par Alpha pour inviter ses ouailles, de savoir raison garder.   

Le chef de l’Etat a martelé que ‘’tout le monde ne peut pas être ministre en même temps.’’ Répondant ainsi sèchement aux cadres qui ‘’s’agitent, parce qu’ils ne sont pas  au gouvernement.’’

Le président les invite donc à rentrer dans le rang, et à mettre un terme à leurs velléités. Car selon lui,  aucune  ‘’pagaille ne sera plus acceptée en Guinée. Qu’elle émane de l’opposition ou de la mouvance’’. La loi s’appliquera a promis le président. Qui a tenu au passage, à mettre en garde contre toute tentative de  fermeture du siège  de son parti.

Reste à savoir si ces réprimandes du président dignes d’un directeur d’école, vont dissuader les militants indignés du Rpg. Il faut rappeler qu’en 2016, le chef de l’État qui fait toujours office de président de son parti, ce, au mépris de la loi en vigueur, avait eu du mal à contenir  une  fronde des jeunes, qui réclamaient une refonte de cette formation politique.

Pour ce qui est du gouvernement, Alpha promet également ne pas faire de quartier à la nouvelle équipe. Ceux qui ne seront pas à la hauteur seront purement et simplement écartés de l’aventure, jure-t-il.

Il faut briser le fameux plafond de verre

Nous allons pour finir aborder le dernier volet de cette chronique qui porte sur la faible représentativité des femmes dans le gouvernement. Un fait que vous mettez sur le compte de la misogynie ?

La gent féminine a  vu rouge suite à ce remaniement ministériel, avec seulement quatre femmes présentes au sein du gouvernement. C’est l’œuvre du machisme ambiant qui prévaut dans nos sociétés. Il ne faut pas se voiler la face. Le président et son Premier ministre n’ont nullement tenu compte des femmes dans la composition de leur gouvernement. C’est comme si les critères reposant sur le genre ou la parité homme femme, réclamé à cor et à cri par les féministes, n’ont  pas prévalu à leurs yeux.

Cela relance en effet le débat sur   la difficulté éprouvée par  les  femmes pour accéder à des postes supérieurs dans notre pays. Même si le phénomène n’est pas isolé.

C’est ce qu’on appelle le  « plafond de verre ». Une expression qui a vu le jour aux États-Unis, pour exprimer « la difficulté d’accès des femmes aux postes supérieurs. Et qui  est  maintenant répandue pour désigner tout cas où un individu est confronté à un réseau de pouvoir tacite, implicite, voire occulte, qui l’écarte d’un niveau de pouvoir ou de rémunération ou hiérarchique auquel il pourrait prétendre. »

Face à la levée de boucliers provoquée notamment sur les réseaux sociaux par cette faible représentativité des femmes dans son nouveau gouvernement,  Alpha Condé, a présenté ses excuses. C’était à la faveur de l’assemblée générale du Rpg, samedi. Il promet de réparer le tort fait à la gent féminine.

Elles doivent donc s’attendre à être promues dans les prochaines nominations, à des grands postes de responsabilité, d’après Alpha Condé.

Ce énième couac constaté dans la composition du gouvernement, est une sorte de pain bénit pour l’opposition, qui s’est engouffré dans cette brèche, en accusant le chef de l’État de mésestimer la gent féminine.

Fodé Oussou Fofana, vice-président de l’Ufdg qualifie cette faible représentativité des femmes dans le gouvernement  de ‘’choquant, d’autant   que M. Alpha Condé dit qu’il dédie son mandat aux jeunes et aux femmes.’’

Il est temps de briser enfin ce plafond de verre, qui fait l’affaire des misogynes.

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