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Football et politique : Acte II, attribution Coupe du Monde 2026 (Par Bah Hamidou)

Dans l’un de mes articles, publié sur ce site, j’évoquais les liens étroits qui unissent le football et la politique.

Ce qui s’est passé ce mercredi 13 juin 2018 entre midi et quatorze heures au Stade Expocentre, à Moscou, vient de confirmer encore une fois que le sport roi n’est pas prêt de s’affranchir de la politique internationale.

PETIT RAPPEL DES FAIS

Ceux qui sont fan de foot et qui prennent le temps de se renseigner ne sont pas ignorant du fait que l’éviction de Sepp BLATTER et de PLATINI de la FIFA est venue du scandale de corruption qui a fait des ravages au sein de l’institution. Nombreuses sont mes personnes qui se sont interrogées sur la légalité de l’intervention du FBI dans les locaux de la FIFA en Suisse alors que le FBI est le principal service fédéral de police judiciaire et  donc un service de renseignement intérieur des USA. Juridiquement, le FBI n’a aucune faculté d’agir en dehors du territoire américain (pas plus que la police française n’a de faculté d’enquêter dans un autre Etat). Mais quand on s’appelle USA et qu’on est la première puissance mondiale, on devient de facto le gendarme du monde. Cette mise en scène médiatique n’avait en réalité qu’un seul but : les USA voulaient se venger de la perte de l’attribution de l’attribution de la coupe du monde 2022 pour laquelle ils ont concouru ardemment. L’Emirat pétrolier a usé des pétrodollars pour soudoyer, corrompre la quasi-totalité des délégations mondiales pour remporter la mise.

Cet épisode reste toujours en travers de la gorge des américains. Voilà qui explique l’irruption de la police fédérale américaine au siège de la FIFA pour aider cette dernière à se débarrasser de ses vieux crocodiles qui sont entre autres (BLATTER, PLATINI, CHUCK BALZER, JACK WARNER, JEFFREY WEBBÎLES, JOSE MARIA MARIN, RAFAEL ESQUIVEL …) pour ne citer que ceux-là.

Les ricains ont donc décidé de ne plus lâcher l’affaire jusqu’à ce qu’ils obtiennent gain de cause.

MONDIAL 2026 : LE CONTINENT NORD AMERICAIN CONTRE LE MAROC ou Quand un tweet bouleverse l’ordre footballistique mondial

Ayant réussi à remettre un peu d’ordre dans les instances dirigeantes de la FIFA, les américains savent que le nouveau Président de l’association du foot mondial Gianni INFANTINO leur doit un peu son élection.

Ainsi, dans la droite ligne de son slogan Make America Great Again (littéralement « Rendre l’Amérique à nouveau grande », soit : Rendre sa grandeur à l’Amérique), Donald TRUMP qui a bousculé tous les codes de la politique intérieure et internationale sait pertinemment que l’organisation d’une coupe du monde de football est un enjeu géopolitique global, une affirmation de la puissance et de l’influence internationale d’un pays. Il est donc l’autoproclamé porte flambeau de la candidature tripartite portée par les USA (USA, CANADA, MEXIQUE) à sa manière.

Le 27 avril 2018 il twittait : « « Les États-Unis ont mis au point un projet FORT avec le Canada et le Mexique pour la Coupe du monde 2026 », « Cela serait dommage que les pays que nous soutenons en toutes circonstances fassent campagne contre la candidature américaine. Pourquoi soutiendrions-nous ces pays quand ils ne nous soutiennent pas (y compris à l’ONU) » », a-t-il ajouté. Malgré ces menaces, le Maroc lui a continué à travailler son dossier.

L’article du Huffpost de ce jour résume à lui seul l’état de la candidature du royaume chérifien :

« Après quatre tentatives infructueuses, le Maroc, qui rêvait de devenir le deuxième pays africain à accueillir le Mondial, s’était pourtant présenté avec de sérieux atouts. À commencer par son positionnement géographique stratégique. Le Royaume, au carrefour de deux continents parmi les plus friands en matière de ballon rond, se positionnait comme une candidature « euro-africaine ». L’argument commercial pouvait séduire en Europe, notamment au niveau des droits TV avec l’assurance d’offrir une diffusion aux mêmes fuseaux horaires que les siens.

L’expérience de recordman de candidatures pour l’organisation du Mondial avait par ailleurs permis au Maroc d’acquérir une certaine expérience dans l’élaboration de ses infrastructures. Le Royaume avait prévu cette année 12 stades, dont cinq existants à moderniser et trois ultra-modernes à construire. Avec cinq stades « modulaires », c’est-à-dire que leur capacité d’accueil était susceptible d’être réduite après le Mondial. De quoi garantir un héritage après la compétition, loin des « éléphants blancs » laissés à l’abandon au Brésil.

Contrairement à  »United 2026 » (la candidature États-Unis/Mexique/Canada), le Maroc détenait aussi la carte de l’homogénéité et de la commodité: une seule législation, un seul fuseau horaire, une seule monnaie. « On propose un concept avec 12 villes-hôtes qui sont très proches les unes des autres, plaidait auprès de l’AFP Hicham El Amrani, directeur général de « Maroc 2026 ». « Cela va bénéficier aux joueurs, qui feront des distances beaucoup plus courtes » ».

Il faut souligner que le Maroc n’a pas apprécié la sortie de Donald Trump et il n’est pas le seul. Début avril, le pays avait déjà dénoncé le système de notation et les critères techniques retenus par la FIFA pour l’attribution de la compétition, estimant qu’ils étaient inéquitables. C’est donc sans surprise que le Maroc a perdu l’attribution de la coupe du monde 2026 après cinq tentatives, et ce, malgré les moyens pharaoniques mobilisés (footballeurs de haut niveau pour la publicité, des moyens financiers sans précédent …).

Ce que je pense

Dans les relations internationales, les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts disait un président. Trump a fait certainement usage de cette assertion pour intimider les nombreux pays qui bénéficient des aides américaines. Si le vote était fait sans pression et sans dessous de table, sur les quelques 54 fédérations africaines, le Maroc allait s’en sortir avec au moins la cinquantaine, puis, viendront s’ajouter la majeure partie des pays du proche et du moyen orient (affinités culturelles et religieuses obligent) et aussi certaines fédérations européennes qui ont pour intérêt la proximité géographique d’avec le Maroc.

Mais tout ça n’est que du vent quand la politique s’en mêle et le problème est qu’on ne peut plus dissocier politique et foot car ce sport est devenu une vitrine pour tous les pays qui aspirent à une visibilité et une influence mondiale. C’était un combat du genre David contre Goliath, sauf dans ce cas présent, David n’avait pratiquement aucune chance.

Plus sidérant encore, on apprend que la Guinée a votée pour la candidature de UNITED2026 au détriment du Maroc. Il faut savoir que la fédération guinéenne a la mémoire courte. Durant la période EBOLA qui a ravagée le pays, rappelons que le Syli national jouait ses matchs à domicile au Maroc. Drôle de manière de remercier un bienfaiteur. Et comble de l’ironie, le président de la fédération guinéenne de foot balance un communiqué justificatif en arguant une erreur technique (suivez mon regard), comme si le dispositif de la FIFA est aussi malade que le secteur électrique de la Guinée.

Au jour d’aujourd’hui, les faits sont là : entre le Maroc et les USA, il semble que la Guinée gagne plus avec la coopération marocaine qu’avec celle étasunienne. Mais ça c’est un autre débat, une autre histoire. Moi je me désolidarise totalement du vote de la fédération guinéenne de football. Et j’invite tous les amateurs de foot guinéen de se désolidariser de la FEGUIFOOT.

Par BAH Hamidou

Chargé de la Commande Publique

Consultant international

Spécialiste en Géopolitique

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