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La crise des déchets à Conakry, une explication «symbolique- culturelle» (Chronique)

Indubitablement, on s’en convainc, on réalise l’impuissance des services de l’Etat à arriver à bout des ordures. Sans complaisance, c’en est l’échec d’une politique, celle de l’hygiène publique et de la gestion des ordures urbaines : débarrasser les ménages et les lieux publics de déchets. Conakry, comme à toutes les grandes pluies, est offusqué  par des immondices qui jonchent les rues et discutent la chaussée avec les automobilistes et autres usagers de la route.

Lorsqu’on évoque la crise du déchet en Guinée, la première image qui nous vient naturellement à l’esprit, est celle de ces tas d’ordures entassées dans les rues de Conakry. On pourrait d’ailleurs, rappeler, dans ce billet, l’image du drame de la décharge de Dar-es-Salam, dans la banlieue de Conakry en août dernier, qui fit des morts.

Depuis que les sacs d’ordures que renvoient les eaux de ruissellements jetées par les soins de populations terrées dans l’intimité des recoins de Conakry, ont encore repris de belle, la première réaction du gouvernement a été de consacrer des weekends à nettoyer tout Conakry. Dans le feu de l’annonce, cette action rencontre l’onction d’une bonne frange de l’opinion. Mais à l’évidence, au fur et à mesure que le projet se déploie, on y décèle toute sa relativité. Rappelons que de telles initiatives avaient par avant, été expérimentées, sauf que toutes ces fois, elles n’ont pas efficacement su débarrasser Conakry de ses ordures. Pourquoi alors ces précédentes actions n’ont pas réussi au point de nous rendre sceptiques quant à « l’état d’urgence » déclenché par le gouvernement contre les ordures ?

Dans le cadre du débat public sur le sujet des ordures, bien souvent, du côté des politiciens et des médias, la responsabilité de cette impasse est uniquement attribuée à l’Etat dont le rôle régalien est de travailler au mieux-être des populations, sans toutefois préciser clairement, par quels moyens les populations participent de l’aggravation de la situation. Sans conteste, la part des citoyens n’est pas si marginale qu’on veille la taire. Parlant, de plus en plus, une curieuse habitude s’est progressivement imposée comme relevant du normal : jeter  impunément les ordures où on veut, sur la chaussée ou dans les rues pendant les grandes pluies sans s’émouvoir des répercussions. De telles attitudes relèvent d’une dimension « symbolique- culturelle » détermine la position qui est la leur dans la vision que chacun de nous se fait de la chose publique. Inconsciemment, de plus en plus, l’espace public est confondu à un patrimoine impersonnel et général qui ne mérite point soin, sale, dont l’entretien est délégué à d’autres et l’espace privé comme propre et du ressort du singulier. De la même manière, dans le subconscient des uns et des autres, l’idée de « propre » et du « sale » est si disparate et complexe, que chacun la pense à sa guise.

Une piste à suivre, en parallèle du programme d’urgence entrepris, serait la mise en route de programmes de sensibilisation à l’endroit des ménages sur l’insalubrité, l’indispensabilité pour les populations de garder propre autant son environnement proche que l’espace public. Une solution qui associe une double approche anthropologique et culturelle. Au cas échéant, les populations même s’il leur était offert des alternatives, elles déverseraient les ordures dans la rue parce que la rupture psychologique n’ayant pas été opérée. In fine, l’Etat devra penser des actions concrètes qui concentrent des mesures globales traduites dans une véritable politique de l’hygiène publique. Cela passe notamment par la mise en agenda de la question des ordures parmi les priorités parce que la santé publique en dépend fortement. Des milliers de guinéens ont été emportés par la fièvre Ebola du fait de l’état de décrépitude poussée de nos villes.

Kabinet Fofana

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